Les Français et l’Europe : la trahison d’une classe politique.

Tous les troubles viennent-ils de l’Europe ? A l’heure où les Français sont prompts à accuser l’Europe de tous les maux, la classe politique saborde l’Union Européenne et ses espoirs en jouant le jeu de la médiocrité.

Le 25 mai 2014, les Français ont placé le Front National en tête des élections européennes avec 25% des suffrages. Le FN, qui prône la sortie de la France de l’UE, envoie donc 24 députés à Strasbourg. Un an plus tard, force est de constater que cette tendance ne s’est pas ralentie, bien au contraire.

Comment en-est on arrivé là ?

L’UE (et les structures qui l’ont précédée) a permis de reconstruire l’Europe d’après guerre, entraînant une élévation exceptionnelle du niveau de vie de ses citoyens. Elle a joué un rôle consistant dans la chute du communisme par l’indéniable attraction qu’elle a exercée sur les peuples d’Europe de l’Est.

Pourtant, à l’heure actuelle, de nombreux reproches lui sont adressés : perte de souveraineté nationale, immigration incontrôlée, structure technocratique éloignée des citoyens.

En tant que jeune Français ayant reçu le témoignage des générations précédentes qui ont vécu les cataclysmes du XXe siècle, je suis un Européen convaincu. J’accuse notre classe politique et son manque de vision d’être responsable de ce désamour entre notre nation et l’UE.

L’Union Européenne est loin d’être parfaite. Mais ne nous trompons pas de cible : l’UE, c’est ce que les peuples européens et leurs dirigeants en ont fait. Dans un contexte difficile comme celui que nous connaissons actuellement, la tentation est grande de nous replier sur nous-mêmes –c’est de là que le FN tire son succès. Or c’est précisément dans ces moments que la classe politique a la responsabilité de prendre le recul que le peuple, confronté aux difficultés économiques et à la perte de ses repères, n’a plus le désir d’avoir. Si l’Union Européenne est aujourd’hui bloquée, c’est parce que ses responsables politiques ne sont plus capables d’en proposer une vision à long terme à leurs peuples.

L’après 1945, où le monde était à reconstruire, était particulièrement propice à l’émergence de personnalités exceptionnelles comme Konrad Adenauer ou Jean Monnet, capables de surmonter un siècle de haine. Pourtant, notre époque ne manque pas de défis colossaux que nous serions mieux à même de relever unis: pivotement de l’économie mondiale vers l’Asie, guerre contre le terrorisme à l’échelle mondiale, lutte contre le changement climatique.

Malheureusement, la médiocrité – ou devrais-je dire la normalité – qui atteint parfois notre classe politique nous prive d’un cap clair et ambitieux pour l’Europe, auquel les Français pourraient adhérer. Cette médiocrité se manifeste de manière édifiante par cette tendance à recaser des fidèles dans des responsabilités européennes, y compris dans les partis pro-européens.

Citons en premier lieu le cas d’Harlem Désir. Son bilan à la tête du PS est loin de faire l’unanimité, y compris dans son propre camp. François Hollande a quand même chosi de le nommer ministre des Affaires Européennes, poste pour lequel il n’a – a priori – pas de compétences particulières. C’était il y a un an, et M. Désir a adopté un silence radio absolu. Sans doute Harlem Désir préfère-t-il une agir discrètement plutôt que de se répandre dans le médias mais l’actualité européenne aurait tout de même mérité plus que cela!

La droite n’est pas en reste: certains de ses eurodéputés, sont réputés pour prendre une part limitée aux travaux de la seule institution européenne élue au suffrage universel direct. Certes, ce n’est évidemment pas par paresse qu’ils sont dans cette situation: ils ont souvent de trop nombreuses activités à mener de front pour remplir pleinement  les exigences de leur mandat. Dans ce cas, ils devraient reconnaître l’impossibilité de concilier trop de responsabilités et se limiter dans le nombre de charges qu’ils occupent.

Monsieur Mélenchon et Madame Le Pen, eux, montrent la même ferveur dans leurs critiques contre l’UE et dans leur absentéisme au Parlement européen. Mentionnons qu’ils s’y rendent juste assez pour toucher leurs indemnités (dans le cas du FN, il semble que le Parlement européen serve aussi à rémunérer en toute illégalité des cadres du parti).

Ces personnalités savent l’influence et le poids qu’ont leur exemple dans les médias. Leur légèreté discrédite une institution dont la plupart des membres font leur travail de manière honnête. Quand les politiques montrent un tel mépris à l’égard des institutions européennes, faut-il s’étonner que les Français, prompts à dénoncer le poids croissant de l’Allemagne à Bruxelles, choisissent d’élire des eurodéputés qui y minent l’influence de notre pays?

Messieurs Schumann et Monnet, vos successeurs sont attendus d’urgence !


Cet article a été posté dans « Le blog ». Il n’exprime pas la pensée du Cercle du Comitium, seulement celle de l’auteur. Les propos ici n’engagent que lui. 

3 Comments

  1. Mathieu

    Bonjour,
    Je ne pense pas que la faillite de l’UE soit due à nos dirigeants. Non pas que ces derniers aient particulièrement brillé par leur audace ou leur courage politique ces dernières années mais plutôt parce que c’est la construction européenne même qui est anti-démocratique et irréformable.
    Quant au FN, on ne peut pas dire qu’il progresse autant que l’abstention ni que ce soit un parti qui propose clairement la sortie de l’UE. Il suffit de se référer à leur site pour voir qu’il ne propose qu’un referendum sur la question mais n’a pas de vrai programme de sortie tel que peut le proposer l’UPR de François Asselineau.
    Pour terminer, nos médias de masse jouent aussi un grand rôle en ne proposant pour la plupart aucun débat sur ces questions et en ce cantonnant à donner la parole aux mêmes européistes alors qu’il existe nombreux économistes renommés qui se sont prononcés en faveur d’une sortie de l’euro (et donc de l’UE si l’on veut être en accord avec les traités en vigueur).

    1. Geoffroy Gueyffier

      Bonsoir,

      On entend beaucoup dire que la construction européenne est antidémocratique. L’exemple souvent repris est celui du traité de Lisbonne qui a été passé par voie parlementaire pour contourner le « non » au référendum de 2005. Le « non » est un échec paradoxal de nos hommes politiques, qui pour la plupart étaient favorables au « oui », parce qu’ils n’ont pas bien su vendre le projet : c’est une évidence qu’une immense majorité de Français (et d’Européens), ayant voté oui ou non, ne savait pas du tout ce que contenait ce projet. Or les Constitution/traité de Lisbonne rendent le fonctionnement de l’Europe plus démocratique, en particulier en accordant des pouvoirs étendus au Parlement, élu au suffrage direct! De plus, aucun projet de loi européen ne peut passer sans l’aval du Conseil Européen qui représente les Etats Membres. Cela montre que qualifier l’UE d’anti démocratique est une erreur.

      L’un des problèmes est que nous regardons cela d’un point de vue franco-français, mais si les libéraux/conservateurs pro-euro gouvernent l’Europe, c’est parce que la majorité des citoyens européens en ont voulu ainsi. Il est naturel d’être contrarié lorsque l’on est en minorité, mais c’est cela la démocratie! C’est comme si l’on imaginait une région française de gauche affirmer qu’une France simultanément dirigée par la droite ne serait pas démocratique.

      En ce qui concerne votre point sur les positions du FN, c’est vrai qu’il ne prône officiellement qu’une sortie de l’euro. Cependant, au premier sondage qui donnerait plus de 50% de Français favorables à une sortie de l’UE, vous le verriez probablement prendre la même position.

      Enfin, sur le débat à propos d’une éventuelle sortie de l’euro, beaucoup de médias l’ont évoquée et des économistes comme Jacques Sapir ont été entendus sur le sujet. Je pense que personne ne peut savoir si cela aurait un impact positif ou négatif, et j’évite de m’appuyer sur les paroles d’un économiste : vous en trouverez toujours un autre pour affirmer le contraire. Dans ce cadre d’incertitude, il est plus rassurant de garder l’euro tel qu’il est. En outre, les enjeux de l’euro dépassent l’impact sur l’économie, c’est une question hautement politique.

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